citations inspirées et inspirantes, Ecofeminisme

Le Réveil des Femmes :-)

femme arbre et lune

« La vie sauvage, et la femme sauvage sont toutes deux des espèces en danger. Au fil du temps nous avons vu la nature instinctive féminine saccagée. On l’a malmenée, au même titre que la faune, la flore et les terres sauvages » pose d’emblée la psychanalyste américaine jungienne Clarissa Pinkola Estès, en introduction à son ouvrage « Femmes qui courent avec les loups »paru en 1992, devenu depuis un best-seller.

Un message plus que jamais d’actualité, comme en témoigne une nouveau courant, l’éco-féminisme, retissant la trame entre les femmes et la nature, l’écologie et le féminisme, et qui pourrait bien amorcer un changement majeur. Apparu en 1974, sous la plume d’une française Françoise d’Eaubonne, amie de Simone de Beauvoir, l’Eco-féminisme fait des émules : Dr Vandana Shiva, emblème de la révolution écologique en Inde, Marie Mies, professeure émérite de sociologie, l’américaine Rachel Carson, lanceuse d’alerte sur les risques phytosanitaires pour la santé, les femmes du mouvement Chipko Andolan, scientifiques, juristes, paysannes… chacune relaye un dialogue singulier déjà présent, si on prend le temps de s’y attarder, au cœur des traditions ancestrales.

femmes arbre villageoises indiennes protégeant leurs arbres contre l’exploitation destructrice d’une multi-nationale américaine dans les années 70…

Quels sont les liens entre les femmes et la Terre Mère ? Comment cette alliance va –t-elle agir sur la mutation ? Pourquoi et comment les valeurs féminines doivent-elles s’épanouir dans nos sociétés ?

Les gardiennes des semences

« Les liens entre les femmes et la nature sont inscrits dans nos gênes depuis toujours et relève d’un héritage ancestral » rappelle Vandana Shiva, docteure en physique quantique et en philosophie (dans le livre Pour une désobéissance créatrice. Ed Actes Sud). Dans la cosmologie indienne, tous les êtres vivants naissent d’une seule et même énergie, appelée shakti. Ce nom désigne à lui seul le principe féminin et la force créatrice.

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Pour la militante indienne, la Nature, en tant que sujet vivant, tout comme l’intelligence féminine, sont toutes deux essentielles à la survie de l’Humanité. Au cœur de son combat écoféministe : la promotion d’une agriculture paysanne traditionnelle et biologique, et la libération des graines, des enjeux plus complexes qu’il n’y paraît, tant sur le plan écologique, bien sûr, mais aussi symbolique. Ainsi, il lui est apparu au fil de ses recherches, que l’approvisionnement alimentaire, lorsqu’il est centré autour de la femme est basé sur le partage (avec les enfants, la famille, la communauté etc…), la compassion, la conservation et le bien-être. En revanche lorsque l’industrie dominée par des hommes, s’occupe de la production et de la distribution de nos aliments, alors « les graines sont rendues stériles et l’alimentation procède d’un vulgaire nourrissage dont les savoirs-faire féminins sont exclus ».

Au-delà d’une dénonciation du modèle activiste productiviste actuel, c’est bien d’une profonde remise en cause de société qu’il s’agit. Elle démontre, comment de tout temps, les femmes ont assuré la continuité des graines en dépit des guerres, des catastrophes naturelles touchant les récoltes, des famines. Si elle place les femmes comme gardienne des semences, ce n’est pas un hasard ! « C’est un fait historique commun à toutes les cultures : les femmes sont les premières agricultrices et aujourd’hui encore dans les sociétés traditionnelles, elle font le lien entre le champs et l’assiette, en passant par la protection des graines, leur reproduction, la cuisine, le gout, etc… » Partout dans le monde, les femmes s’assurent que leur famille et leur communauté vivent en bonne santé et que l’existence suit son cours !

La maternité, avec la naissance de son fils, va aiguillonner ses recherches et motiver ses actions : elle en est arrivée à une conclusion somme toute évidente, selon laquelle la domination de la nature, va de pair avec celles des femmes tout comme des traditions des peuples premiers. « Favoriser les semences paysannes, privilégier le local, cessez de consommer et devenir des acteurs pionniers de la transition, sont autant de solutions concrètes, accessibles, en faveur de la terre, d’une féminisation du monde, du changement », rappelle-t-elle lors d’une conférence organisée par Le Cercle vertueux en février à Montpellier. Son positionnement est clair : L’écoféminisme n’est pas une mode, mais une perspective de vie pérenne !

Des questions de santé environnementale

Dans le monde entier, les femmes protègent le vivant : « Afrique, Inde Népal, elles connaissent les usages de la terre, elles sont responsables des cueillettes, de l’eau, protègent les forêts… » énonce Pascale D’Erm, spécialisée dans les questions d’environnement, qui explore ce lien « émancipateur » des femmes avec la nature. Historiquement, c’est avec la santé environnementale, que les femmes s’emparent des questions écologiques, et se soulèvent. Les déclics sont bien souvent reliés à un environnement contaminé menaçant la santé des enfants (pesticides, particules fines, nitrates), ou encore l’irruption de risques liés aux produits chimiques dans le quotidien. Sur le terrain, elles sont nombreuses à s’engager dans les luttes contre la pollution chimique, le nucléaire, les déchets toxiques, elles s’organisent en réseau, transmettent leur savoir, se montrent déterminées… 

Son enquête met en lumière de nouvelles héroïnes. Dans l’affaire Love Canal (Banlieue de New- York. 1970), Lois Gibbs obtient un nouveau règlement juridique encadrant les dépôts chimiques, et crée un centre de Formation Citoyenne à la Justice Ecologique et Sociale. Au Népal, les collectifs féminins tentent de récupérer des parcelles forestières privées, pour en faire des biens communs au service des villageois. En Inde à Plachimada, 2004, c’est grâce à la mobilisation d’une poignée de paysannes devant les usines Coca Cola, que la fermeture des usines a été obtenue, pour protéger l’accès à l’eau, un droit fondamental. Les exemples sont légion !

Pour Pascale D’Erm, « l’écoféminisme invite les femmes à être actrices de leur environnement, non plus seulement comme des Hestia (la déesse grecque du foyer), ou comme des Amazones guerrières ( issues du féminisme radical des années 60), mais bien en tant que citoyennes, mères, agricultrices, guérisseuses, artistes, paysannes, ministres… » 

Les Anciennes et le ventre des femmes

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Caroline Manière – femmes médecine

Pour les Anciens, rien d’étonnant à cette émergence…Ce retour de la Grande-Mère, de l’Esprit de Terre–Mère Gaia, couplé à l’éveil des femmes a été prédit, il y a bien longtemps : « Une prophétie hopi, prédit que ce sont les femmes qui dirigeront cet ultime temps de transmutation » confie Grand-mère Maria Alice Campos Freire , figure amazonienne emblématique du Conseil des 13 Grands mères indigènes. Réunies la première fois en octobre 2004, ces « anciennes » arrivées des quatre points cardinaux, d’Amazonie, Amérique du Nord, Mexique, Afrique centrale, montagnes du Tibet… se sont rassemblées autour d’une vision commune : le Réveil des femmes

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Les Anciennes disent que lorsque les Femmes écouteront leur propre terre, en prendront soin, lorsqu’elles seront capable d’entendre leur utérus, alors elles incarneront la profonde féminité dans chaque instant de la vie et manifesteront le Grand rêve Sacré.

Dans les traditions ancestrales, l’utérus des femmes ne permet pas seulement de porter un enfant, il contient les semences de nos rêves sacrés, les graines du monde de demain… Nous y voilà, la terre, le ventre des femmes, les semences libres, les graines, donner la vie, porter les rêves… autant de liens sacrés avec la Terre Mère, le Grand mystère du vivant.

Entre les femmes et leur corps se joue un combat de tous les instants, récemment mis sur le devant de la scène avec le mouvement Metoo, leur sexe, comme leur désir, sont au cœur de leurs revendications. La maternité et les violences obstétricales, aussi font débat. Avec la Terre Mère comme nouvelle Alliée, il s’agit bien de valoriser à nouveau les connaissances intimes et instinctives, celle du processus de la naissance et de la mort, des cycles de saisons, de la lune, arrimé au cycle menstruel, et la sagesse des plantes.

Comme le rappelle Pascale D’Erm, « Inséré dans la toile de la vie, de la nature, le corps possède des connexions profondes avec le monde visible et invisible, sur le plan des similitudes de formes, de molécules et de process. »

C’est Aussi une affaire d’hommes !

Ce retour aux valeurs du féminin, comme aux fondamentaux d’une vie plus naturelle, en accord avec des lois du vivant, ne vise pas seulement à la libération des femmes, mais bien aussi celle de l’homme… Le modèle de société que défendent les écoféministes suppose que l’homme s’ouvre au féminin, comme le souligne Vandana Shiva : « C’est tout le paradoxe et l’ironie de la situation : alors que tout porte à croire que les hommes dominent, ils seraient en réalité prisonniers des stéréotypes de la virilité et de la société patriarcale… » 

Un changement qui pourrait s’inscrire dans une perspective chère à Gandhi, valorisant les notions essentielles de compassion et de partage imprégnées dans l’ADN des femmes, et dont notre humanité aurait bien besoin. Une vision partagée par Pierre Rhabi, écologiste et fondateur du mouvement Colibris, pour qui : « La subordination du féminin à un monde masculin outrancier et violent demeure l’un des grands handicaps à l’évolution positive du genre humain. Il nous faut rendre hommage aux femmes gardiennes de la vie, et écouter le féminin qui existe en chacun de nous. »

Auteur: Catherine Maillard Source : https://www.inrees.com/articles/feminin-grand-mere-nature-journee-femme-2018/

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Du bon usage des crises

« J’ai gagné la certitude que les catastrophes sont là pour nous éviter le pire. Et le pire, comment pourrais-je exprimer ce qu’est le pire ? Le pire, c’est bel et bien d’avoir traversé la vie sans naufrages, d’être resté à la surface des choses, d’avoir dansé au bas des ombres, d’avoir pataugé dans ce marécage des on-dit, des apparences, de n’avoir jamais été précipité dans une autre dimension. Les crises, dans la société où nous vivons, elles sont vraiment ce qu’on a encore trouvé de mieux, à défaut de maître, quand on n’en a pas à porté de main, pour entrer dans l’autre dimension. Dans notre société, toute l’ambition, toute la concentration est de nous détourner, de détourner notre attention de tout ce qui est important. Un système de fils barbelés, d’interdits pour ne pas avoir accès à notre profondeur.

C’est une immense conspiration, la plus gigantesque conspiration d’une civilisation contre l’âme, contre l’esprit. Dans une société où tout est barré, où les chemins ne sont pas indiqués pour entrer dans la profondeur, il n’y a que la crise pour pouvoir briser ces murs autour de nous. La crise, qui sert en quelque sorte de bélier pour enfoncer les portes de ces forteresses où nous nous tenons murés, avec tout l’arsenal de notre personnalité, tout ce que nous croyons être.

Récemment sur une autoroute périphérique de Berlin où il y a toujours de terribles embouteillages, un tagueur de génie avait inscrit sur un pont la formule suivante : « Détrompe-toi, tu n’es pas dans un embouteillage, l’embouteillage c’est toi ! ».
Nous sommes tous spécialisés dans l’esquive, dans le détournement, dans le « divertissement » tel que le voyait Pascal. Il n’y a au fond que cette possibilité, subitement, de se dire : « Oui mais tout cela, tout ce qui m’enserre, tout ce qui m’étrangle, mais c’est moi ! ».
Ce serait une erreur de croire que la crise est quelque chose de normal, d’inhérent à la nature humaine. Il y a de nombreuses sociétés, toutes les sociétés traditionnelles, qui ont une tout autre façon d’agir. Un ami anthropologue m’a rapporté ces mots d’un Africain qui lui disait : « Mais non monsieur, nous n’avons pas de crises, nous avons les initiations ». Et les initiations sont la ritualisation de ces passages, c’est-à-dire cette possibilité pour l’homme de passer d’un état d’être naturel, premier, à cet univers agrandi, où l’autre versant des choses est révélé. Et il s’avère que toutes ces initiations, dans leur incroyable diversité, et inventivité – parfois des rites d’une cruauté qui nous paraît insoutenable – ont tous la même visée : mettre l’initié en contact avec la mort, le faire mourir ; le vieux principe du « meurs et deviens ». que ce soient les rites des aborigènes australiens qui enterrent les néophytes pendant trois jours sous des feuilles pourries, ou les épreuves auxquelles sont soumis les jeunes Indiens, il n’y a pas un rite pourtant qui soit aussi cruel que l’absence de rite. Et la vie n’a pas d’autre choix que de nous précipiter ensuite dans une initiation, cette fois sauvage, qui est faite non plus dans l’encadrement de ceux qui nous aiment, ou qui nous guident, de chamans, ou de prêtres ou d’initiés, mais dans la solitude d’un destin. Ces catastrophes qui ne sont là que pour éviter le pire ! Il peut vraiment paraître très cynique de parler ainsi. J’ai connu cette période où lorsqu’on entend une chose pareille, et que l’on est soi-même plongé dans un désespoir très profond, ces propos paraissent d’un cynisme insupportable. Et pourtant quand on a commencé à percevoir que la vie est un pèlerinage, quand à une étape de ce pèlerinage on regarde en arrière, on s’aperçoit vraiment que les femmes, les hommes qui nous ont le plus fait souffrir sur cette terre, sont nos maîtres véritables, et que les souffrances, les désespoirs, les maladies, les deuils, ont été vraiment nos sœurs et nos frères sur le chemin. Je sais que cela peut avoir une coloration insupportable quand on est dans une phase de désespoir, mais c’est tellement fabuleux quand on s’arrête en cours de route, quand on regarde en arrière, et qu’on se dit : « mais oui, c’est vrai ! ».

Comment se joue la crise ? On pourrait utiliser ce mot de retournement, de renversement. Qu’est-ce qui se passe dans la crise ? Il se passe à peu près ceci qu’une voix s’adresse à vous, et vous dit : « Tu as construit une vie, oui bravo, eh bien détruis-la ; tu as construit une personnalité, formidable, bravo, détruis-la ; tu t’es battu, tu as été courageux, un courage extraordinaire, mais l’heure de la reddition est venue, à genoux ! ». Ou encore, comme pour Abraham : « Tu as mis un fils au monde, bravo, rends-le moi ! ». Tous ces moments de l’intolérable, de l’inacceptable, qui dans l’ordre des choses vécues, dans l’ordre de l’immédiat sont le scandale absolu ! Rends-mois ce que je t’ai donné ! Pour moi la plus extraordinaire histoire qui les symbolise toutes est celle de Job. J’adore cette histoire de Job, j’y reviens toujours. Job a été vraiment le serviteur de Dieu, l’homme de tous les succès. Une vie accomplie, entourée de richesse, de troupeaux de bœufs, ses femmes, ses fils, ses serviteurs, une richesse que Dieu bénie. Ce même homme, Job maudit, Job sur son tas d’immondices qui gratte ses ulcères, Job qui ne lâche pas prise, qui dit : « Je m’adresserai à Toi mon Dieu, jusqu’à ce que Tu m’expliques la raison qui me ferait accepter l’inacceptable, j’attends de Toi une réponse qui me convainque ». Et cette interrogation qui le pousse pendant des jours et des semaines et des mois, à ne pas lâcher prise et cette phrase qui est pour moi une des phrases les plus poignantes : « Pourquoi ne peux-Tu pas donner raison à l’homme contre Toi-même ? ».

Aussi longtemps que Job demande à Dieu de paraître devant lui, et de lui expliquer l’inexplicable, de lui dire la raison de toute cette horreur, de tout ce désespoir, de tout ce désastre d’une existence : « Viens ! Viens, je n’ai plus que la peau sur les os lui dit-il, viens, parle-moi ». Dieu ne vient pas, Dieu ne parle pas. Arrivent tous les amis, tous les copains, les thérapeutes, qui lui expliquent : « Ecoute, je suis persuadé que tu as fait une erreur, écoute, réfléchis, souviens-toi ! » Mais Job ne les écoute pas, le brouhaha des voix dehors.
« Réponds-moi, réponds-moi ! » Et quand l’ami Elihu lui a dit : « Mais non, tu vas voir, Dieu ne répond pas ». A ce moment-là, Dieu répond, contre toute attente Dieu répond. Mais Dieu répond à côté de la question. Dieu n’évoque pas un seul instant toute la vie de Job détruite, tous ses espoirs anéantis, sa famille, tous ceux qu’il a aimés, Dieu parle du ciel et de la terre, des oiseaux et des arbres, Dieu parle de la mer, de l’océan et des plages. Dieu répond à côté. Et voilà que se passe l’inattendu. Job, loin d’être scandalisé par cette réponse, qui n’en est pas une dans l’ordre de la logique, voit subitement tout d’un autre lieu. L’entière création, d’un autre lieu, d’un lieu où tout le drame d’une être ne fait même pas un remous à la surface du créé. Un lieu de l’univers agrandi, et job dit : « Mon Dieu je ne te connaissais que par ouï-dire, mais maintenant je t’ai vu ». Et Job est un autre homme. Et à partir de ce moment-là par une ironie divine, tout lui est rendu puisqu’il n’a plus besoin de rien. C’est au niveau de cette histoire de Job, que j’ai pour ma part rencontré le travail de Dürckheim. Dans une crise vraiment très profonde. Après avoir traversé une existence très préservée, très occupée à éviter les naufrages, toute cette adresse à passer entre les catastrophes, entre les blessures, et subitement, après quinze ans de mariage, l’arrivée d’une autre femme, l’arrivée dans une existence préservée d’un autre être, qui du jour au lendemain détruit l’univers que vous vous étiez construit. Et la traversée, pendant deux ans, trois ans, de la solitude de l’abandon, dans un pays étranger, dans un village au bout du monde, et la rencontre du travail de Dürckheim et d’une remarquable femme, son élève, qui travaillait avec la voix. Alors que j’attendais d’elle qu’elle me donne la force de faire mes bagages, et de partir avec mes fils, elle m’a dit : « Tu restes là, assise au milieu du désastre, là. Tout le travail que j’ai fait par la suite avec le corps, avec la présence au monde, aux choses, cette leçon, non seulement d’accepter l’inacceptable, mais d’y entrer, d’y établir ses pénates, entrer dans le désastre, à l’intérieur, et y rester, y rester ! Non pas fuir, mais oser rester, à l’endroit où je suis interpellée, à cet endroit où tombent tous les masques, où tout ce que je n’aurais jamais pu croire s’avère être en moi, tous les démons, toute l’ombre. Les paroles éclatent et tous les démons déferlent dans la vie, la jalousie, l’envie de meurtre, l’autodestruction. Et je reste là et je regarde. Cette troisième voie est probablement le salut pour notre époque si torturée. Je m’explique : nous connaissons dans notre Occident deux voies quand nous sommes dans un état d’étouffement, d’étranglement ; l’une c’est le défoulement, c’est crier, c’est exprimer ce qui était jusqu’alors rentré. Il y a de nombreuses formes de thérapies sur ce modèle et c’est probablement, en son lieu et place, quelque chose de très précieux, pour faire déborder le trop plein. Mais au fond, toute l’industrie audiovisuelle, cinématographique, est fondée sur ce défoulement, cette espèce d’éclatement de toute l’horreur, de tout le désespoir rentré, qui en fait le prolonge et le multiplie à l’infini. L’autre réponse, c’est le refoulement : avaler des couleuvres, et devenir lentement ce nid de serpents sur deux pattes, avec tout ce que ces vipères et couleuvres avalées ont d’effet destructif sur le corps et l’âme. Et le troisième modèle qui nous vient d’Extrême-Orient et qu’incarnait Dürckheim : s’asseoir au milieu du désastre, et devenir témoin, réveiller en soi cet allié qui n’est autre que le noyau divin en nous. J’ai rencontré voilà quatre jours, en faisant une conférence à Vienne, une femme ; et c’est une belle histoire qu’elle m’a racontée qui exprime cela à la perfection. Elle me disait à la perte de son unique enfant, avoir été ravagée de larmes et de désespoir, et un jour, elle s’est placée devant un miroir et a regardé ce visage brûlé de larmes, et elle a dit : « Voilà le visage ravagé d’une femme qui a perdu son enfant unique », et à cet instant, dans cette fissure, cette seconde de non identification, où un être sort d’un millimètre de son désastre et le regarde, s’est engouffrée la grâce. Dans un instant, dans une espèce de joie indescriptible, elle a su : « Mais nous ne sommes pas séparés », et avec cette certitude, le déferlement d’une joie indescriptible qu’exprimait encore son visage. C’était une femme rayonnante de cette plénitude et de cette présence qu’engendre la traversée du désastre. Il existe, paraît-il, dans un maelström, un point où rien ne bouge. Se tenir là ! Ou encore, pour prendre une autre image : dans la roue d’un chariot emballé, il y a un point du moyeu qui ne bouge pas. Ce point, trouver ce point. Et si un seul instant, j’ai trouvé ce point, ma vie bascule, parce que la perspective est subitement celle de Job, cette perspective agrandie, de la grande vie derrière la petite vie, l’écroulement des paravents, l’écroulement des représentations, un instant, voir cette perspective agrandie… »

Christiane Singer

Extrait d’une conférence prononcée le 15 juin 1991 à Mirmande à l’occasion du dixième anniversaire du Centre Dürckheim. Edition Terre du Ciel, 1994.

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Prendre soin de soi

Prendre soin de soi, c’est construire une vie dont on ne ressent pas le besoin de s’échapper.

Ca signifie souvent regarder droit dans les yeux échecs et déceptions. Ce n’est pas rassasier ses désirs immédiats. C’est lâcher.

C’est choisir du nouveau. C’est décevoir certaines personnes. C’est faire des sacrifices pour d’autres. C’est vivre autrement. C’est se laisser être normal, ordinaire, pas exceptionnel…

Prendre soin de soi ne se vend pas ni ne s‘achète. Si on dépense beaucoup dans ce domaine c’est parce qu’on est coupé de ce que ça veut réellement dire : s’auto-éduquer et faire des choix pour être bien dans la durée. Ca implique un effort de re-programmation de ce que l’on a, de manière à ce que le quotidien devienne quelque chose qu’on ne cherche plus à fuir…mais que l’on habite

 

Source: https://thoughtcatalog.com/brianna-wiest/2017/11/this-is-what-self-care-really-means-because-its-not-all-salt-baths-and-chocolate-cake/

 

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Il n’y a pas de mort…

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Il n’y a pas de mort. Les étoiles ne s’inclinent sur l’horizon
Que pour se lever sur un autre rivage,
Et dans les cieux auréolés,
Elles scintillent pour toujours.

Il n’y a pas de mort. Les feuilles de la forêt ne tombent
Que pour animer l’air invisible;
Les rocs ne se désagrègent
Que pour nourrir les mousses qu’ils portent.

Il n’y a pas de mort. La poussière que nous foulons aux pieds
Se transformera sous les ondées d’été
En grain doré, en fruit sucré,
En fleurs irisées des teintes de l’arc-en-ciel.

Il n’y a pas de mort. Les feuilles ont beau tomber
Les fleurs se faner et disparaître,
Elles attendent simplement que passe l’hiver glacé
Pour sentir à nouveau l’haleine embaumée de mai.

Il n’y a pas de mort. Et bien que nous pleurions
Les formes belles et familières
Des êtres tendrement aimés
Arrachés à nos bras démunis,

Bien que le coeur brisé, sous des vêtements de deuil,
Nous ayons conduit silencieusement
Leurs cendres froides dans le lieu du Repos
En nous répétant: « Ils sont morts! »

Non! Ils ne sont pas morts. Ils n’ont fait que passer
Par-delà les brumes d’ici-bas qui nous aveuglent
Vers une vie nouvelle, plus riche de possibilités,
Dans des sphères plus sereines.

Ils ont abandonné leur vêtement d’argile
Pour revêtir une parure radieuse.
Ils ne sont pas partis dans des lointains perdus.
Ils ne sont pas « perdus. » Ils ne sont pas « partis. »

Bien qu’invisibles à nos yeux mortels,
Ils sont toujours ici. Toujours ils nous chérissent,
Nous, leurs aimés qu’ils ont quittés.
Ils ne nous oublieront jamais.

Sur nos fronts enfiévrés nous sentons par instant
Leur frôlement très doux, tout comme une caresse,
Notre esprit les perçoit, notre coeur
Est réconforté et retrouve son calme.

Toujours présents, bien qu’invisibles,
Les esprits immortels de nos aimés demeurent
Car l’Univers de Dieu est Vie.
Il n’y a pas de mort.

Max Heindel

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La Vie n’a pas de sens :-)

La panique, l’angoisse, le désespoir,… n’ont pas à être évités…
Ces sensations ne te veulent aucun mal, elles veulent simplement te dire quelque chose.
Et pour entendre ce qu’elles ont à te dire, il suffit de rester avec elles, de les laisser vivre en toi, de les sentir profondément, d’être présente à elles.
Qu’est-ce que ces sensations, ses émotions te crient ? …

« La vie n’a pas de sens »

En effet, elle n’en a pas ! Elle ne va nulle part et n’a pas de direction.
Le mental n’est pas confortable avec cette idée parce que, lui, ne fonctionne qu’avec le sens qu’il peut donner. Sa survie ne dépend que des projections, des buts, des objectifs, … prévus dans le futur et qui finalement ne font que donner du sens à son propre fonctionnement.

Il fait cela, car il suggère que le bonheur ou la paix se situent dans le futur, quelque part au loin et suite à l’atteinte d’un but quelconque. Or, il n’en est rien, c’est un leurre !
Tu peux en avoir la preuve en regardant ton expérience de plus près. Toute ta vie, tu as atteint (et chercher à atteindre) des objectifs et c’est bien parce qu’il y avait l’espoir d’être plus heureux après, non ?

Et pourtant, c’est tout l’inverse. Il arrive toujours un moment dans la vie où on peut voir que même si tous les objectifs sont atteints, le bonheur n’est pas là. Le constat de cette évidence est souvent fatal et c’est ce qui engendre toutes ces émotions et sensations désagréables.
Ce qui s’écroule et qui a peur, ce n’est donc simplement que la croyance dans le sens que ton mental a donné à ta Vie.

La vie EST son propre sens, vivre est le seul sens. Elle ne demande aucune réalisation ou atteinte particulière pour être et se goûter pleinement. La paix est ce qui est toujours là quand la recherche d’accomplissement s’arrête. Lorsque l’on ne cherche plus rien, quand plus aucune énergie ne s’investit dans un besoin compulsif du genre : changer, améliorer, faire évoluer, vouloir, … cette énergie cesse naturellement. Elle arrête de s’investir quand l’évidence de ce non-sens se dévoile. Quand il est vu, clairement et lucidement vu, profondément réalisé que le bonheur n’est pas la conséquence d’un événement, d’une possession, d’un changement ou d’une acquisition, quand il est vu que rien ne pourra m’apporter ce bonheur, alors la recherche s’arrête.

C’est elle qui n’a plus de sens. Et, se vidant de son sens, elle laisse la beauté de la vie se dévoiler naturellement.
Tu ne vas jamais pouvoir t’éveiller à la présence, c’est une idée mentale fondée sur le même fonctionnement mental. La présence est déjà ce qui est là et c’est déjà ce que tu es, mais la spirale mentale dans laquelle tu es investie t’empêche de le voir et de le reconnaître.

Méditer, lire, jeûner, … dans une quelconque idée d’atteindre quelque chose, ne va pas te faire atteindre une autre destination que celle du mental et de son fonctionnement. Il n’y a rien de véritablement spirituel là-dedans. C’est lui qui devient spirituel ! Il passe d’un objectif professionnel, familial ou matériel, vers un objectif spirituel, c’est tout.

La paix ne peut pas se trouver dans l’atteinte d’un objectif, quel qu’il soit ! La paix c’est la fin de la recherche, la fin de l’intention d’atteindre un objectif.

C’est pour cette raison que je t’invite à rester avec ces émotions désagréables quand elles surviennent, car elles sont bien plus proches de la vérité que quoi que ce soit d’autre dans ta vie. Ces sensations ne sont que le reflet d’un mental qui est apeuré à l’idée qu’il va devoir rester avec une vie qui n’a désormais plus de sens, et pour lui qui ne peut fonctionner que de cette manière, c’est la mort assurée ! Il panique à l’idée de ne plus pouvoir se nourrir (énergétiquement) dans cette vie d’avant, car sans ça, sa survie est menacée.

Ton boulot, ta voiture, tes amis, ta famille, ton argent… tout ce que tu croyais pouvoir t’apporter le bonheur est vu comme inefficace. La croyance même dans le fait que toutes ces réussites pourraient t’apporter le bonheur, est en train de s’effondrer.

Alors, oui, cela est assez difficile à vivre. Tu vois tous ces efforts pour rien ! Mais, dans ces moments, aussi pénibles soient-ils, une grande porte s’ouvre et il ne faudrait qu’un pas pour que la vérité se dévoile. Il suffirait de ne pas chercher à rebondir, de ne pas chercher d’autres efforts à faire, de ne pas chercher d’autres réalisations à atteindre, y compris celles plus spirituelles.

Sans quoi, tu verras que de nouveau ton fonctionnement se remet en marche, simplement en changeant de direction, simplement en cherchant de nouveaux buts.
Sans quoi, tu referas les mêmes erreurs… De nouveau tu feras des efforts pour méditer, vivre dans le moment présent, faire des pratiques..
Et si tu es très sincère avec toi-même, tu pourrais voir, que de nouveau tu cherches quelque chose, un but à atteindre, un objectif, … qui s’appelle sans doute bonheur (ou éveil, paix, ou amour, … c’est pareil !)

Ce n’est pas toujours évident de saisir profondément ce que je tente de pointer tant bien que mal, mais j’espère de tout cœur que tu pourras le voir, car cela t’évitera bien des détours 🙂

Caroline Blanco

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Soyez activement passifs

moi la terre

Namasté à tous

L’été est déjà la, et la période des vacances s’annonce. Nous allons pouvoir souffler, changer de contexte de vie pendant quelques temps et ainsi recharger nos batteries.

J’en profite pour vous interpeller sur le sens profond de ce mot « vacances »…ce qui est vacant. Car aujourd’hui « la société des loisirs » qui déteste le vide et l’ennui tend à nous détourner de ce à quoi nous sommes appelés pendant cette période.

Plus largement, cette période de vacances est au final une sorte d’entrainement…à la passivité justement.

Je cite ici un extrait d’un livre de Arnaud Desjardins que j’ai particulièrement aimé « Pour une vie réussie, un amour réussi » :

« En Inde, et dans d’autres civilisations spirituelles, la grossesse était portée aux nues. La femme enceinte était considérée comme une représentation vivante de la Déesse, de la Shakti. Elle était aidée à être activement passive, plus ouverte, plus disponible, plus silencieuse, plus centrée en elle même, pour collaborer à une oeuvre qui la dépasse. cette oeuvre, vous pouvez l’appeler la grâce de Dieu ou la révélation de l’Atman, aucun moyen ordinaire ne vous ouvrira la porte du Royaume des cieux ou de la Réalisation du Soi.

Dans les upanishads, il est écrit : « L’Atman se révele à ceux à qui il veut bien se révéler ». ce que vous pouvez faire, c’est vous mettre et demeurer dans cet état d’ouverture. C’est apprendre par vos efforts, par votre sadhana à devenir passifs, activement passifs, ouverts. Alors, cette Force, cette Réalité, cette Vie qui a des possibilités que votre égo et votre mental n’auront jamais, commence à se manifester à travers vous, à diriger vos actions. Vous vous découvrez une intelligence que vous ne soupçonniez pas, la vérité du moment, comme une vision nouvelle(….)

ça n’est pas seulement une clef qui vous ait donnée pour plus tard, lorsque vous serez murs pour le lâcher prise. Intérieurement, soyez activement passifs, et exterieurement soyez passivement actifs. Dans les deux cas, soyez détendus 🙂

Alors, je vous souhaite de belles vacances activement passives…de vous détendre, et de vous laisser traverser 🙂

Je vous reçois pour les consultations individuelles jusqu’au 26 juillet. Bel été à vous tous !

Chrystelle

citations inspirées et inspirantes, Spiritualité

Faire le vide chaque jour

photo alain fb

« Chaque matin, soyez vide de certitude. Oubliez toutes vos croyances de la veille.

On se lève toujours dans une nouvelle réalité, et seule notre part divine sait ce qui a été modifié ou va arriver aujourd’hui.

Une chose est sure, ce n’est plus le même monde, donc autant oublier tout ce que l’on sait et laisser la place au neuf.  Il faut être vide pour recevoir de nouvelles informations, les gens pleins de certitudes n’évoluent pas vite car ils essaient de figer le monde…

Ceux qui savent que le monde est détruit et recréé à chaque souffle, savent que tout change tout le temps.

En étant dans le RIEN… ils peuvent être remplis sans arrêt par le divin.

Commencez par accepter que la journée nouvelle est vraiment quelque chose qui a été créé pour vous et par une part plus élevée que vous.

Et prendre le temps de la découvrir et de la savourer comme la création neuve qu’elle est en laissant de coté votre mental en boucle qui essaie de la faire cadrer absolument avec ses peurs, ses fantasmes et ses souvenirs de la veille.  » Christophe Allain / Photo : Alain Stoffen